Lors de la cérémonie de clôture du 61e Festival de Cannes, dimanche 25 mai, l'un des trois films français en compétition cette année, Entre les murs de Laurent Cantet, a été couronné à l'unanimité par le jury et salué par une ovation du public. Et ce, 21 ans après la Palme d'or décernée sous les huées du public à Sous le soleil de Satan de Maurice Pialat. "Le film a une écriture magique, sa générosité est magique, tout était magique", a déclaré Sean Penn, président du jury.

A mi-chemin entre documentaire et fiction, ce
film plonge dans le quotidien d'une classe de collège parisien où un jeune
professeur de français (François Bégaudeau) s'efforce d'enseigner à ses élèves
une langue différente de la "tchatche". "Ce film a tout ce qu'on souhaitait du
cinéma", a
estimé l'acteur et réalisateur américain.
Marjane Satrapi, membre du jury cette année (elle
avait remporté le prix du jury en 2007 avec Persepolis), a déclaré que
ce film "coup de coeur" va "au-delà de la banlieue et
pose de vraies questions sur la démocratie".
Entouré
par les adolescents qui jouent dans son film, Laurent Cantet, très ému, a
déclaré : "Le film devait ressembler à la société tout entière, il
devait être multiple, foisonnant, complexe... Il devait y avoir aussi des
frictions que le film ne cherchait pas à gommer".
Dévoilé samedi, à la veille du palmarès, le film
a été très applaudi et a vivement ému les critiques français et étrangers.
Laurent
Cantet avait déjà été couronné par deux César en 1999 pour son premier film Ressources
humaines, une troublante radiographie du monde du travail.
Le Grand prix du Festival, la plus haute
distinction après la Palme d'or, est allé à Gomorra de l'Italien Matteo
Garrone, un puissant tableau de la mafia napolitaine, la Camorra.
Comme annoncé par la plupart des pronostics
d'avant palmarès, l'acteur américain d'origine portoricaine Benicio Del Toro a
obtenu le prix d'interprétation masculine pour son incarnation passionnée du
révolutionnaire Ernesto "Che" Guevara dans Che de Steven
Soderbergh.
En revanche, le prix d'interprétation féminine
est une réelle surprise et déjoue toutes les rumeurs. L'actrice brésilienne
Sandra Corveloni a été récompensée pour son premier rôle au cinéma, celui d'une
mère de famille d'un quartier populaire de Sao Paulo dans le film Linha de
passe de ses compatriotes Walter Salles et Daniela Thomas. La lauréate
n'était pas présente à Cannes car elle a perdu un bébé récemment.
Le prix du scénario a été décerné aux frères belges
Jean-Pierre et Luc Dardenne pour Le Silence de Lorna, trois ans après
leur deuxième Palme d'or pour L'Enfant (2005) et neuf ans après leur
première pour Rosetta (1999).
Le réalisateur turc Nuri Bilge Ceylan a, quant Ã
lui, reçu le prix de la mise en scène pour son film Les Trois Singes (Uç
Maymun).
Le prix du jury est allé au deuxième film italien
en compétition, Il Divo, de Paolo Sorrentino, un portrait au vitriol de
l'homme politique italien Giulio Andreotti.
Le film Hunger de l'Anglais Steve McQueen a
obtenu la Caméra d'or, qui récompense une première oeuvre présentée à Cannes
dans une des différentes sélections officielles ou parallèles.
Enfin, l'actrice française Catherine Deneuve et
l'acteur-réalisateur américain Clint Eastwood ont reçu chacun un prix spécial
du 61e Festival pour l'ensemble de leur carrière.
Pourtant
très appréciés lors de leurs projections officielles, L'Echange (The
Exchange) de Clint Eastwood et Valse avec Bachir (Waltz with
Bachir) de l'Israélien Ari Folman sont repartis bredouilles.