« Pourquoi ton père a fui la Hongrie? »
« Diiiiis-moi, Nicolas Sarkozy, pourquoi ton père a fui la Hongrie? » le refrain est déjà célèbre. Il le deviendra encore plus si Nicolas Sarkozy est élu et si Sarko n'est pas président le refrain de Zêdess pourra devenir légendaire.
En quatre couplets style Kingston, l'artiste dépeint la politique anti-Nègres du Ministre de l'Intérieur, Président du parti au pouvoir, candidat à la présidence, « inventeur de l'immigration choisie » et « descendant d'un immigré subi » ... Zêdess ne manque de qualificatifs pour Sarko. Mais à tout seigneur tout honneur, l'artiste invite M. Sarkozy en guest star, dans son célèbre couplet de la racaille : « vous en avez assez de cette racaille... ? On va vous en débarrasser ».
Gros plan sur un vautour prenant son envol d'un tas d'immondices, un roulement de batterie... « La France ne peut pas être le seul pays au monde... » poursuit la voix off du chef de l'UMP, posée sur une interpellation d'un immigré clandestin. Un inspecteur en civil fait signe de couper la caméra pendant que M. Sarkozy continue avec sa France « qui ne puisse décider de qui est accepté sur le territoire et qui n'est pas le bienvenu... » Le message est clair. Il fait chaud au coeur des 20% qui manquaient à Jacques Chirac au second tour en 2002.
Pause musicale: il faut répondre à Sarko. C'est le comédien burkinabé Zongo qui s'en charge. Un Zongo des grands jours dans un rôle de composition avec son look du Bongoman droit descendu de ses montagnes: dread locks en vue, dents de requins en collier, dans un décors de nuit tropicale puis... un téléphone portable à la main!! Il insiste : « oui, oui, passe-moi Sarko ». Pas de soucis pour les frais « c'est moi qui t'appelle » rassure-t-il parce qu'il a une question importante à poser.

« Toi-tu-dis-quoi? » lance-t-il. La question est un idiome sorti de la rue des métropoles d'Afrique occidentale francophone. A Abidjan, à Ouagadougou ou à Bamako, « Toi-tu-dis-quoi? » s'entend comme « Quel est ton problème, toi ? » sinon « Pour qui te prends-tu? » et parfois « Que veux-tu en fin de comptes? ». Plus qu'une question qui appelle réponse « Toi-tu-dis-quoi? » gomme toute hiérarchie, toute marque de respect et invite à l'affrontement d'égal à égal quand on veut en découdre avec un interlocuteur.
Le Zongo s'échauffe, monte sur ses grands chevaux avant de lâcher sa question dans un accent Moré à couper au couteau : « toi ti n'a zamais manzé çé quelqu'un? » Traduction: « tu t'es fait tout seul? N'as-tu jamais eu besoin d'un coup de main ? Personne ne t'a jamais sorti d'affaire? » L'interrogateur n'attend pas la réponse mais il décline sa question avec insistance: « Ze dis, est-ce que ti n'as zamais manzé çé quelqu'un? »
Fin de l'agression, retour à la zik qui adoucit les moeurs, et porte le refrain qu'une écolière écrit à la craie blanche sur un tableau : « Nicolas Sarkozy pourquoi ton père a fui la Hongrie? ». Rien à dire, c'est du grand reggae sur un clip parlant, drôle et précis. Il consacre non seulement Zêdess, « l'étalon de la musique burkinabé », mais signe une auto-invitation artistique de l'Afrique dans la campagne présidentielle française. Une invitation qui remet au goût du jour l'essence de cette musique rebelle que le génie de Bob Marley a su sortir des ghettos de Kingston.
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